Assurance-vie : 41,3 milliards en sept mois. Ce record dit l’inverse de ce qu’on croit
41,3 milliards de collecte nette en sept mois, un record depuis vingt ans. Pendant que le Livret A à 1,7 % ne décolle pas. Ce que ces chiffres disent vraiment.
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France Assureurs a publié le 31 août 2026 les chiffres de juillet. Ils sont spectaculaires : 18,8 milliards d’euros de cotisations sur le mois, un record mensuel qui dépasse le précédent sommet de 18,7 milliards établi en juillet 2025. Sur les sept premiers mois de l’année, la collecte nette atteint 41,3 milliards d’euros, soit 8,7 milliards de plus qu’à la même période en 2025. Un niveau inédit depuis vingt ans. Le directeur général de la fédération, Paul Esmein, a parlé de la deuxième plus forte collecte nette de l’histoire, après celle de 2006. Les encours s’établissent à 2 174 milliards d’euros, en hausse de 6 %.
La lecture facile consiste à y voir un signe de confiance retrouvée. Elle est fausse. Regardez où va l’argent, et regardez d’où il vient : ces chiffres décrivent une France qui se met à l’abri, pas une France qui investit.
L’argent ne prend pas de risque, il change d’abri
Le premier chiffre à retenir n’est pas le record. C’est la destination des versements. Selon Le Monde, l’essentiel des versements de juillet a été fléché vers les fonds en euros, alors même que les répercussions de la hausse des taux souverains sur leur rendement futur restent incertaines.
Autrement dit, l’épargnant français n’est pas en train de découvrir les marchés actions. Il déplace des liquidités depuis un support garanti à faible rendement vers un autre support garanti à rendement un peu supérieur. Le fonds en euros des contrats individuels a servi 2,63 % en moyenne au titre de 2025 selon l’ACPR, un chiffre stable par rapport à 2024. Face au Livret A à 1,7 %, l’écart existe, mais on reste dans la même famille de comportement : la préservation du capital nominal.
C’est d’ailleurs ce que confirme un second indicateur, souvent ignoré. La collecte nette de juillet, une fois retranchées les prestations, ressort à 4,7 milliards d’euros, en recul de 400 millions par rapport à juillet 2025. Les prestations, elles, ont progressé de 4 % pour atteindre 14,1 milliards. Le record porte sur les flux bruts, pas sur la dynamique nette du mois. Les Français versent plus, mais ils retirent plus aussi.
Le Livret A à 1,7 %, un non-événement
L’autre moitié de l’histoire se lit dans les chiffres de la Caisse des dépôts.
Le taux du Livret A est passé de 1,5 % à 1,7 % au 1er août 2026, une hausse annoncée le 15 juillet par le ministre de l’Économie Roland Lescure. Ce n’était pas un cadeau discrétionnaire : la formule de calcul de la Banque de France donnait précisément ce résultat, compte tenu d’une inflation moyenne de 1,52 % sur les six premiers mois de l’année. Le LEP a été maintenu à 2,5 %.
L’effet sur les comportements a été quasi nul. En juillet, le Livret A renoue certes avec une collecte positive, autour de 80 millions d’euros, après six mois consécutifs de décollecte. Mais rapportez ce chiffre à la moyenne des dix dernières années pour un mois de juillet, qui s’établit à 1,34 milliard d’euros. Le rebond est statistiquement insignifiant, et il est en partie mécanique : les remboursements de l’administration fiscale ont commencé à être versés à partir du 24 juillet, ce qui gonfle traditionnellement les dépôts de fin de mois.
Le premier semestre, lui, avait enregistré une décollecte record de 5,93 milliards d’euros sur le Livret A.
Deux dixièmes de point de rémunération supplémentaire n’ont donc pas suffi à rappeler les capitaux. C’est une information en soi : les épargnants ne réagissent plus au taux affiché du Livret A, parce qu’ils ont compris que la question n’est plus là.
La question n’est plus le taux, c’est le rendement réel
L’inflation était de 2,1 % sur un an en juillet 2026 selon l’Insee, après 1,8 % en juin. L’estimation provisoire publiée le 28 août la porte à 2,4 % en août, tirée par une envolée des prix de l’énergie de 16,7 % sur un an.
Faites le calcul. Un Livret A rémunéré à 1,7 % face à une inflation à 2,4 % produit un rendement réel négatif d’environ 0,7 point. Sur 30 000 euros placés, cela représente environ 510 euros d’intérêts nominaux dans l’année, pour une perte de pouvoir d’achat en termes réels.
Le fonds en euros à 2,63 % fait à peine mieux que l’inflation d’août, avant prélèvements sociaux. C’est là que se situe le vrai enseignement de la séquence : l’épargne réglementée et le fonds en euros ne protègent plus le capital, ils en ralentissent l’érosion. La différence est de degré, pas de nature.
Une épargne à deux vitesses
Le contraste le plus parlant se trouve entre deux produits.
D’un côté, l’assurance-vie enregistre sa meilleure collecte depuis vingt ans. De l’autre, le Livret d’épargne populaire, réservé aux ménages modestes sous condition de revenu fiscal, enregistre en juillet sa cinquième décollecte consécutive, avec 90 millions d’euros de retraits nets. Sur les sept premiers mois de l’année, la décollecte du LEP atteint 480 millions d’euros. Et cela malgré un taux de 2,5 %, très supérieur à celui du Livret A.
Un ménage ne retire pas d’argent d’un placement qui rapporte 2,5 % net d’impôt par goût de la mauvaise gestion. Il le retire parce qu’il en a besoin. Les mêmes tensions sur le pouvoir d’achat expliquent d’ailleurs en partie la hausse de 4 % des prestations en assurance-vie en juillet, un mois de dépenses estivales.
Ce que ces chiffres décrivent n’est donc pas un pays qui épargne mieux. C’est un pays où une partie des ménages puise dans ses réserves pendant qu’une autre accumule à un rythme historique. Le record de collecte est concentré, il n’est pas général.
Pourquoi l’assurance-vie capte tout
Trois raisons, dans l’ordre d’importance réelle.
La première est fiscale, et elle est récente. Depuis le 1er janvier 2026, la hausse de la CSG portée par la loi de financement de la Sécurité sociale a fait passer les prélèvements sociaux sur la plupart des revenus financiers de 17,2 % à 18,6 %, portant la flat tax à 31,4 %. L’assurance-vie a été explicitement épargnée : ses prélèvements sociaux restent à 17,2 %. Dans un budget qui a durci la fiscalité du capital financier, elle est sortie renforcée en valeur relative. Les épargnants les mieux conseillés l’ont compris immédiatement.
La deuxième est la transmission. L’abattement de 152 500 euros par bénéficiaire sur les capitaux décès, pour les versements effectués avant 70 ans, a été maintenu. Aucune autre enveloppe grand public n’offre cet outil.
La troisième est le confort. Le contrat permet de loger du fonds en euros garanti, des unités de compte, de l’immobilier papier et du monétaire dans la même enveloppe, avec des arbitrages internes sans frottement fiscal. C’est précisément ce que ne permet ni le Livret A, ni le compte-titres.
Ce que nous en tirons pour nos clients
Trois observations, dont une désagréable.
D’abord, l’arbitrage massif vers l’assurance-vie est justifié dans son principe, et il est mal exécuté dans les faits. Basculer 50 000 euros d’un Livret A vers un fonds en euros pour gagner 0,9 point de rendement, c’est un progrès marginal qui ne change pas la trajectoire d’un patrimoine. Si l’argent en question a un horizon de huit ou dix ans, l’immobiliser à 2,6 % est un choix par défaut, pas une stratégie.
Ensuite, la sécurité perçue et la sécurité réelle ne se recouvrent pas. Le fonds en euros garantit le capital nominal. Il ne garantit rien sur le pouvoir d’achat, et l’inflation d’août à 2,4 % vient de le rappeler. La question à poser n’est jamais « ce placement est-il sûr », c’est « de quoi ai-je besoin dans huit ans, et qu’est-ce qui me le donnera ».
Enfin, le bon découpage n’est pas entre produits mais entre horizons. La trésorerie de moins de deux ans reste sur du liquide, Livret A compris, et le rendement n’est pas le sujet. L’épargne à cinq ans et plus n’a aucune raison structurelle d’être intégralement en fonds en euros. Entre les deux, l’assurance-vie multisupport est l’outil de pilotage, à condition de s’en servir comme d’un outil et pas comme d’un coffre-fort.
La collecte record de 2026 est le symptôme d’une prudence collective. Cette prudence est compréhensible dans un contexte budgétaire et politique incertain. Elle a simplement un coût, et ce coût est payé chaque année, en silence, par les épargnants qui confondent absence de volatilité et absence de risque.
Si vous souhaitez revoir la répartition de votre épargne par horizon plutôt que par produit, prenons rendez-vous. Vous pouvez également consulter notre approche de la gestion financière et de la constitution de capital.
Questions fréquentes
Faut-il transférer son Livret A vers une assurance-vie ?
Cela dépend de l’horizon des sommes concernées. Le Livret A reste pertinent pour l’épargne de précaution disponible immédiatement, généralement trois à six mois de charges. Au-delà, l’immobiliser à 1,7 % face à une inflation à 2,4 % coûte du pouvoir d’achat chaque année. L’assurance-vie n’a d’intérêt que si l’allocation à l’intérieur du contrat correspond à l’horizon de placement.
Le fonds en euros protège-t-il de l’inflation ?
Non. Il garantit le capital nominal, pas le pouvoir d’achat. Avec un rendement moyen de 2,63 % au titre de 2025 selon l’ACPR, avant prélèvements sociaux, il fait à peine mieux que l’inflation constatée en août 2026.
Pourquoi l’assurance-vie a-t-elle été épargnée par la hausse de la fiscalité en 2026 ?
La hausse de la CSG issue de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a porté les prélèvements sociaux de 17,2 % à 18,6 % sur la plupart des revenus financiers, portant la flat tax à 31,4 %. L’assurance-vie conserve un taux de prélèvements sociaux de 17,2 %, ce qui renforce son attractivité relative.
Le Livret A va-t-il remonter au 1er février 2027 ?
La révision de février 2027 s’appuiera sur la moyenne des six mois de juillet à décembre 2026. Avec 2,1 % en juillet et 2,4 % en août, les premiers mois de référence poussent la formule vers le haut, mais quatre mois restent à connaître et le gouvernement conserve la possibilité de s’écarter du résultat de la formule.
Sources
- France Assureurs, chiffres de l’assurance-vie de juillet 2026, publiés le 31 août 2026, et déclarations de Paul Esmein
- Caisse des dépôts, statistiques d’épargne réglementée de juillet 2026
- Insee, indice des prix à la consommation de juillet 2026 (résultats définitifs, 14 août 2026) et estimation provisoire d’août 2026 (28 août 2026)
- ACPR, rendement moyen des fonds en euros des contrats individuels au titre de 2025
- Banque de France et ministère de l’Économie, révision du taux du Livret A au 1er août 2026
- Loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, hausse de la CSG sur les revenus du capital
- Analyses du Cercle de l’Épargne sur la collecte de juillet 2026
Article publié le 31 août 2026. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Les unités de compte présentent un risque de perte en capital. Ce contenu ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé.
Rédigé par Nicolas Casal, conseiller en gestion de patrimoine, SD Patrimoine & Finance.
